L'écrivain qui lit beaucoup, qui parfois même a des idoles des lettres, se retrouve parfois dans cette situation, c'est normal et même plutôt sain. Pourquoi écrire quand d'autres avant moi ont touché au sublime ? La question n'est pas alors de faire mieux, mais différemment.Effectivement, Arnaud Le Guilcher n'est pas Richard Brautigan, mais qui s'en plaindra à partir du moment où il parvient à devenir Arnaud Le Guilcher ?
En moins bien, son premier roman paru récemment aux éditions Stéphane Millon, est un roman américain écrit par un Français. L'histoire d'un type qui part à la découverte du Nouveau Monde en quête de sensations prétextant qu'il va sur les traces de son père. Il devient rapidement moins que rien et pilier de comptoir de compétition. Jusqu'au jour où passe une femme, que diable, LA Femme. Emma. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, le pire des losers se retrouve la bague au doigt au bras de la plus bonne de la plus bonne de tes copines.
Oui, Le Guilcher a lu Fante, Brautigan et Bukowski, ces trois gaillards qui avaient un penchant pour la merditude de la vie, alcool, clopes, drogues, et qui se tapaient des filles sublimes. Comme chantait Alexis HK, "C'que t'es belle quand j'ai bu / Je regrette de n'avoir pas fait d'autres abus / Tellement t'es belle quand j'bois."
Mais à croire que l'amour n'est qu'un shoot, plus la montée est sublime, plus la descente est infernale. Rapidement la belle Emma se fait la belle, et que reste-t-il au narrateur sinon sauver les meubles ? Le roman se transforme alors en une suite de péripéties toutes plus dingues les unes que les autres, effet papillon incontrôlable, allant jusqu'à l'Apocalypse en modèle réduit. Je ne vais pas vous vendre les évènements qui surviennent car l'intérêt principal du livre, outre la langue joueuse (petit bémol pour l'éditeur qui a laissé passer d'affreuses fautes), est l'accumulation de rebondissements tous plus burlesques et/ou glauques les uns que les autres. Oui, Le Guilcher est toujours sur la frontière entre le drôle et le franchement pas comique, comme une langue qu'on ne contrôle pas et qui de lapsus en lapsus provoquerait rires ou crispations.
Il est donc possible, et conseillé, de lire ce livre selon plusieurs degrés. Le premier, celui du bouquin déjanté au style qui remue la poussière que tout adorateur d'une certaine littérature rêve de pondre. Le second, celui de l'analogie alcool/amour/catastrophe du bad trip. Le livre n'est pas sans rappeler le film Hangover ou encore, si vous le voulez bien, Eternal sunshine of the spotless mind. Si le proverbe "Qui sème le vent récolte la tempête." paraît quelque peu désuet, pourquoi ne pas proposer une version suédée plus appropriée : "Qui sème l'amour récolte les emmerdes." ?
Arnaud Le Guilcher n'est pas Brautigan, mais s'il réitère avec un livre aussi bon risque de devenir rapidement culte. Ce n'est pas JFK le pélican qui vous dira le contraire.
À bon entendeur.


